A chaque jour suffit son poème

J 1

Aujourd’hui est le premier jour de ce deuxième confinement.

J’ai décidé d’écrire chaque jour quelques mots pour se rappeler la beauté de la vie et de l’art.

On pourrait se dire que l’art n’est pas essentiel mais je pense que ce serait une erreur. Nous avons besoin de beauté, d’être transportés, transformés, secoués.

Je respire donc je suis

Je marche donc je suis

Je ressens donc je suis

J 2

Je me demande vraiment pourquoi je me suis lancé ce challenge débile….

J 3

Hier soir pour fêter Halloween, j’ai fait des grimaces devant mon miroir.

J 4

Parfois j’aimerais être un chien. Je pourrais sortir sans masque ni attestation. Je pourrais faire des câlins à foison sans peur de contamination. J’aurais des croquettes et un lit au chaud. Je n’aurais pas à répondre aux exigences de la mode et je ne scruterais pas la prise de poids sous mon pelage ni les marques de vieillesse aux coins de ma truffe.

J 5

J’espère, ô cher lecteur, que tu t’es abonné à Krokodile.fr

Et comme dirait mon cher père, il ne faut pas confondre s’abonner à la chaine et s’enchaîner à la bonne.

J 6

Cette période me rappelle vaguement quelque chose…. ça ressemble à Travail, Famille, Patrie… Oui c’est ça….

J’ai des rêves de révolte.

J 7

Comme je n’ai plus de travail, je regarde les feuilles tomber. Et je me pose la question : pourquoi un arbre met-il autant de temps à faire tomber toutes ses feuilles ? Pourquoi ne pas être rentable et tout faire tomber d’un coup ? Ce serait beaucoup plus productif !

Je pense qu’il est temps qu’on ré-ouvre les théâtres……

J 8

A la question : « et toi tu fais quoi comme yoga? »

Je réponds généralement : yoga veut dire union corps et esprit en sanscrit. Il y a 4 grandes familles dans le yoga :

Le Karma Yoga : le yoga de l’action désintéressée, c’est-à-dire rendre service aux autres sans ne rien attendre en retour.

Le Jnana Yoga : le yoga de la connaissance, soit l’étude des textes sacrés, et il y a de quoi faire !

Le Bhakti yoga : le yoga de l’amour et de la dévotion.

Le Raja Yoga : c’est la voie « royale » qui comprend elle-même 8 catégories. Le code de conduite envers les autres et la société, le code de conduite envers soi-même, la pratique posturale, le contrôle du souffle vital par des exercices de respiration, le retrait des sens et l’écoute intérieure, la concentration fixée sur un point, la méditation et enfin la contemplation.

C’est serait quand même dommage de résumer le yoga à la simple pratique posturale.

J 9

Ca se passe de l’autre côté de l’atlantique et ça me comble de joie ! Est-ce qu’un jour tous ces vieux crétins qui dirigent le monde vont faire place nette ?

Quand je vois les générations qui arrivent, comment ils/elles sont conscient(e)s et sensibles aux questions environnementales et sociétales, je me dis qu’ils/elles sont les adultes de demain et j’ai confiance en l’avenir.

Le monde n’est pas « pourri ». Il est ce qu’on choisit d’en faire.

J 10

Dimanche pluvieux, dimanche studieux. Sauf quand on a un chien hyperactif, qu’il faut faire 15 fois le tour de son km de périmètre de confinement, lancer 1357 fois la balle, le faire sauter au-dessus d’obstacles improvisés, jouer au bonneteau avec des croquettes cachées sous des verres, passer l’aspiro parce qu’il y a des poils partout, faire preuve de stratégie et de ruse pour pouvoir le brosser et éviter d’avoir des poils partout….

Et finalement décider de s’inscrire sur empruntemontoutou.com pour trouver un/e dogsitter. Ca ressemble à Tinder pour chien, avec des photos de femmes maquillées et d’hommes avec lunettes de soleil qui sont indiqués à une certaine de distance de chez moi et je reçois un message « Bienvenue à La Toutousphère ! »

Cela me laisse coi.

J 11

Le matin je travaille en visio ; l’après-midi je travaille en visio ; le soir je regarde des films.

Des films qui ont été tournés avant la crise sanitaire ; où les gens se serrent la main, s’embrassent, se prennent dans les bras ; où les gens se promènent sans masque dans la rue et ne se tartinent pas frénétiquement de gel hydro-alcoolique.

J’ai l’impression que la fiction a remplacé la réalité.

J 12

Le premier confinement avait, pour moi, des allures romantiques. Le monde entier s’était arrêté, suspendu comme la planète dans la galaxie, il y avait des dauphins dans le port de Marseille et des biches sur les Champs Élysées, on se disait qu’on ne voulait surtout pas « de retour à l’anormal », on avait des rêves d’un monde enfin en harmonie….

Mais ce deuxième confinement. Je n’ai pas de mot pour exprimer ma colère sur l’absurdité totale de cette situation.

J 13

En tant que célibataire, le confinement c’est dur. Je suis de la génération du sida et des MST, on a appris à mettre du plastique entre nos corps pour se protéger. Mais là ? Je fais quoi ? Je fais l’amour avec une capote sur la langue, des gants de ménage et en levrette pour éviter les postillons ?

J 14

Pour les marseillais, le nord de la France commence à Valence. Comme pour leur donner raison, la région PACA a été rebaptisée « Région Sud ». Et il y a un panneau immense sur le vieux port qui dit : « Ne m’appelez plus jamais Région PACA, ici c’est le SUD ! »

Est-ce que c’est bien clair ?

J 15

Coup de coeur musical. Je découvre un morceau et je tombe en amour, je l’écoute en boucle jusqu’à en connaître chaque subtilité sur le bout des oreilles, j’y pense toute la journée, quand je ne l’écoute pas il me manque, comment ai-je pu vivre avant de le connaître ? J’écoute les yeux fermés, je laisse la mélodie parcourir délicieusement mon corps, mon cerveau, mes veines, je me sens possédée, je me laisse traverser par cet orgasme musical qui n’a d’équivalent que la rage de vivre.

Une fois que je suis complètement ivre du morceau, gorgée comme un fruit d’eau de pluie, je me rends disponible pour découvrir autre chose. Et quand je retombe sur un ancien amour, mon coeur vibre comme au premier jour où la mélodie a chamboulé tout mon système.

Musique, je ne pourrais pas vivre sans toi.

J 16

Je regarde sur internet la captation vidéo d’un concert auquel j’ai assisté en 2015. C’était le premier concert à Paris après les attentats de novembre. J’ai des frissons partout en me rappelant l’émotion incroyable qu’il y avait, on pouvait la palper dans l’air.

Cinq ans plus tard, où en sommes-nous ?

Et dans cinq ans, où en serons-nous ?

J 17

Continuons de nous instruire. La liberté de penser ne peut pas être confinée.

J 18

J’aimerais pouvoir faire marche arrière et éviter de commettre ces erreurs fatales qui ont chamboulé ma vie.

J 19

On ne peut pas jouer nos spectacles. Par contre on peut continuer les répètes. Alors je commence ma nouvelle création plus tôt que prévu.

C’est bien, j’ai déjà un spectacle qui ne tourne pas, un autre spectacle dont la première a été annulée… à la fin de l’année 2021 j’aurai tout un catalogue de spectacles qui ne tournent pas. C’est merveilleux.

J 20

Aujourd’hui dans la gazette du Professeur Moulipo nous allons étudier un animal bien particulier : Le serpanda. Le serpanda souffre d’un physique ingrat. Malgré ses grands yeux maquillés au khôl, sa peau nue aux écailles bleutées ne met pas du tout en valeur son petit corps rondelet et son ventre bien tendu.

Par ailleurs, le serpanda est complètement bipolaire. Constamment tiraillé entre son régime végétarien et ses subites envies carnassières, il ne se sent pas bien dans sa peau, trop gros pour se glisser dans un terrier mais trop visqueux pour grimper aux arbres. La seule chose qu’il aime faire… Et bien c’est ne rien faire. Il est d’une paresse !

Au niveau social, il a du mal à se faire des amis. Il alterne des instants de grande fratrie et solidarité avec des longs moments de repli sur lui-même. Personne ne comprend ses sautes d’humeur aussi extrêmes. Quant à sa vie amoureuse il a finalement choisi le célibat depuis qu’il a essayé de gober sa dernière conquête, une jolie petite panda bien dodue.

Bref le serpanda a la vie dure… et souple à la fois, comme le roseau qu’il a au creux de la main !

J 35702608

Cher KrokodiLe. Tu te dis que je n’ai pas écrit depuis longtemps. Tu te dis que j’ai abandonné le défi. Tu te dis que c’est bien dommage.

Et puis tu comprends que j’ai eu des soucis. Qu’au lieu de trouver la force et le courage dans la poésie je me suis réfugiée au plus profond de moi-même. Que j’ai eu besoin de me déconnecter des écrans, du téléphone, des ondes.

Alors tu comprends que tu me pardonneras. Parce que, toi aussi, tu sais que le plus important, c’est la santé.

Et, toi aussi, tu as compris le sens de ce conte où un jeune homme part faire le tour du monde pour apprendre que sa maison est en fait construite sur un trésor. Qu’on va toujours chercher ailleurs ce qui se trouve à l’intérieur de nous. Le bonheur est sous nos pieds.

Merci KrokodiLe