Poèmes canins

Chien lyophilisé

Une partie de moi est morte en même temps que toi ce lundi 11 octobre à 09h30 quand je tenais ton petit corps dans mes bras pendant l’injection. Je te revois couché sur le sol de la clinique vétérinaire mais ton âme est partie. Le vide de ton absence est vertigineux ; pourtant je m’y connais en vertige mais celui-ci est sans filet. J’ai beau vomir mon chagrin tous les jours rien ne m’apaise. Je n’arrive pas à croire que je ne verrai plus ta petite bouille le matin au réveil, que je ne sentirai plus l’odeur de tes oreilles douces, que je ne pourrai plus te regarder dormir avec ta petite langue rose qui dépasse de tes crocs. Tu étais bien plus qu’un animal de compagnie. Tu étais mon rayon de soleil, mon partenaire de travail, mon compagnon au quotidien et ma vie s’organisait en fonction de tes besoins. Sans toi je me sens inutile et la violence du monde me heurte de plein fouet. Je savais que ton départ serait dur mais c’est encore pire que ce que j’imaginais. Je sombre.

Je vais devoir aller récupérer tes cendres. Est-ce que si j’y verse de l’eau chaude je peux te retrouver en format lyophilisé ?

Humanimal

Eran mon chien. Notre relation est vraiment très belle, une fusion totale humain/animal qui nous permet de communiquer sans mots, sans toutes ces couches de mental qui polluent les relations humaines. Je suis ta maîtresse mais tu es aussi un maître pour moi et j’apprends beaucoup à tes côtés. J’ai écrit un spectacle pour raconter cette parfaite entente entre deux espèces vivantes et la fiction a dépassé la réalité. J’ai réalisé un rêve d’enfant : mon meilleur ami est un chien et je me prends pour Princesse Mononoké.

A poil les anges !

On représente souvent les anges comme des chérubins avec des ailes.

Je pense plutôt que les anges ont des poils, une haleine de chacal et qu’il faut ramasser leur crottes dans la rue.

Déjections verbales

Ce matin je promène mon chien paisiblement dans la rue. Il renifle partout et pisse sur un mur où l’un de ses confrères a probablement pissé avant lui et laissé son empreinte.

Un couple me regarde en râlant. Je leur demande pourquoi ?

Ils me répondent : il pourrait pisser sur un arbre !

Pédagogiquement, j’appelle mon chien et je lui explique qu’il ne doit pas pisser sur les murs mais sur les arbres.

Et l’homme me regarde et me dit : mais vous êtes con !

Une fois, deux fois, trois fois….

A la cinquième fois je lui demande calmement d’arrêter de m’insulter.

Il continue, les injures sortent de sa bouche comme la merde du cul de mon chien.

Je suis sous le choc. J’ai envie de me défendre mais avec mes 40 kg et mon chien qui a une tronche de bande dessinée on ne fait peur à personne.

Est-ce qu’il se serait permis la même chose si j’étais un homme ?

Si je le retrouve, je lui écrase la merde de mon chien sur son pantalon, à l’endroit où se trouvent ses parties génitales masculines qui lui donnent l’illusion qu’il a le droit de manquer de respect à une femme.

Pisse and Love

Petit courrier à l’attention de la personne qui s’est permis de m’agresser suite à un pipi de mon chien sur le trottoir.

« Votre réaction est, à mes yeux, bien pire que quelques gouttes de pipi sur du bitume. Vous avez envoyé une bombe de colère, de violence et d’injustice dans mon cœur. Avec ce qu’il se passe en ce moment, je pense que nous avons nettement plus besoin de bienveillance les uns envers les autres.

La vraie question n’est pas la présence ou non d’animaux dans nos villes. L’humain est bien présomptueux pour s’imaginer décider de qui a le droit de vivre où. La planète ne nous appartient pas et ce serait bien que nous nous rappelions que notre présence sur cette terre est éphémère. Que le plus important est d’entretenir des relations bienveillantes avec toute autre espèce, humaine, animale ou végétale et d’éviter au maximum de créer des conflits qui labourent nos cœurs et nos âmes de violence.

Soyons les acteurs de la société dont nous rêvons. »