Tranches de brie

Réflexions diverses et variées – Le mezze de la pensée

ZoO

On est allé visiter le zoo du parc Borghese. On s’est arrêté longtemps devant les singes. Avec leurs petites menottes à cinq doigts et leurs grands yeux qui nous fixent jusqu’au fond de notre âme.

En haut d’une branche, un couple se cajole pendant que les petits jouent avec un morceau de carton.

Il y a un petit qui ne joue pas et observe avec attention une caisse remplie d’euros par les visiteurs.

Il y a le vieux malade tout râpé, un peu exclu du groupe.

Il y a le mâle dominant qui marche lentement en déroulant ses muscles.

Il y a nous, de l’autre côté de la barrière.

Pensées

J’aime cette fleur qui se nomme pensée

Je l’imagine fragile

S’étirer pour attraper un brin de lumière

Onduler au grès du vent

Disséminer ses graines

Qui donneront naissance à d’autres pensées

Abrupt

Il est couché sur le dos les yeux fermés. Il est beau, sa peau est lisse et douce, il a 20 ans. Son corps se soulève légèrement à chaque inspiration. À chaque inspiration artificielle ; dans ce corps, il n’y a plus de vie.

Sa mère est là. Il sera débranché bientôt.

Ses amis lui prennent la main, l’embrasse sur la joue, lui parle à l’oreille.

Je n’arrive pas à accepter. Pourquoi lui. Pourquoi un autre. Pourquoi tout court.

Des accidents il y en a tous les jours. Ce garçon je le connaissais. Et j’ai mal pour tous.

Musique VS Ennui

L’autre jour j’étais en tournée et on arrive dans un hôtel. C’est un lieu de vacances pour jeunes. Dans les couloirs il y a des enceintes avec de la musique. Qu’on entend depuis les chambres. Quand je demande à la réception pourquoi il y a de la musique dans les couloirs…. on me répond que c’est pour que les jeunes ne s’ennuient pas.

De la musique dans les couloirs pour que les jeunes ne s’ennuient pas…. C’est vrai ! D’ailleurs les couloirs sont pleins de jeunes agglutinés sous l’enceinte pour dissiper leur ennui. Ne les cherchez plus ils sont tous là ! C’est simple on peut à peine passer, il faut jouer de coudes pour rentrer dans sa chambre, c’est agaçant.

Bien. C’est une vision intéressante de l’éducation des jeunes. C’est vrai qu’au quotidien on manque terriblement de stimulation visuelle et sonore, c’est un peu le désert, ces pauvres jeunes s’ennuient ! Avec un smartphone, autant survivre dans la jungle avec une cuillère en plastique !

Et puis la musique c’est un patrimoine culturel : c’est très important que les jeunes aient l’occasion de découvrir les mystères sacrés de la BAO : Bruit Assisté par Ordinateur

Je dirais même BAOPSFUMDF :  Bruit Assisté par Ordinateur Pour Se Faire Un Max De Pognon

Et puis c’est vrai que le calme et la détente, c’est flippant. On se retrouve tranquille avec soi-même, on se rend compte qu’on n’est pas tout seul à l’intérieur, qu’on a des pensées bizarres, qu’on pense tout le temps en fait et que ça ne s’arrête jamais, y’a de quoi devenir dingue. On peut même pas en parler à ces copains, on aurait trop peur de paraître chelou parce que parfois on a des envies d’égorger le connard qui nous a pas laissé passer au feu vert ou de faire l’amour sauvagement avec le réceptionniste sur la table du petit-déj….. Vous imaginez si tout le monde se mettait à exprimer ce qu’il ressent ? Ce serait l’enfer ! On serait obligés de s’écouter, d’être empathique, de se prendre dans les bras en se disant « je te comprends je t’accepte comme tu es parce que je suis pareil et ça me rassure nous sommes tous des humains avec des forces et des faiblesses communes faites l’amour pas la guerre » c’est bon les hippies le Vietnam c’est fini. On est en 2017 l’heure du pétrole et des enfants dans les usines maintenant il faut « s’updater » un peu

Donc de la pollution sonore dans les couloirs pour lutter contre l’ennui.

Quand je vois ça je me dis qu’ils devraient faire la même chose dans les maisons de retraite. Ce serait plus compliqué à gérer avec les déambulateurs dans les couloirs et les sonotones dans les orielles…. Mais ils pourraient passer « ce n’est qu’un au revoir mes frères » ou bien « je suis malaaaadeeeeuh»

Et ce serait subventionné par la Sécurité Sociale, à ce rythme on fermerait rapidement les maisons de retraite, on réduirait la dette de l’état et on pourrait distribuer gratuitement de la drogue et des antidépresseurs aux jeunes pour les aider à combattre leur ennui ! Ce serait formidable !

L’humanoïde

Chez l’humanoïde tout est une question de pouvoir

Qui le détient ?

Quelles sont les valeurs en place ?

On peut remarquer plusieurs réactions :

Ceux qui prennent le pouvoir et imposent les règles 

Ceux qui suivent sans réfléchir de peur d’être exclus du groupe 

Ceux qui refusent les règles

S’ensuit alors une parade de séduction, la constitution d’une élite dominante et de boucs émissaires Ne pas être différent, c’est sauver sa peau

L’humanoïde est addict de la course au pouvoir

C’est un animal triste voué à son autodestruction

Les chemins de ma mémoire

Soulever une pierre dans ma mémoire et tomber sur des souvenirs grouillants par centaines

Etre prise par l’effroi

Laisser retomber la pierre

Je continue ma marche

Humant l’air pour aérer mes sens

La vie reprend son cours

Chacun à sa place

Terra Incognita

Regarder la forêt qui défile derrière la vitre et méditer sur le sens de la mort

Est-ce que ceux que j’ai perdus sont là ?

Apaisés auprès de la source originelle ?

Contemplant l’infini du temps ?

Si je serre un morceau de cette terre dans la main

Ferme les yeux et écoute son silence….

Est-ce que je peux combler l’absence qui troue mon cœur ?

Mon petit Bouchon

Quand j’ouvre la fenêtre

Je ne vois pas la même chose

Quand j’ouvre ma tête

Je vole

Mon ventre n’a plus faim

L’horizon est loin

Ce matin le vent est venu

Dans mes veines il a couru comme un fou

J’ai perdu

Je t’aime mon petit Bouchon

Je sais que tu comprendras

Nous sommes Dieu

Je t’embrasse

Papa

This is the end

Il a la rage contre la vie

Et se demande pourquoi le bout du tunnel est si loin

Pourquoi ce qui d’habitude le fait sourire n’a plus de saveur

Son seuil de tolérance a été dépassé

Piétiné

Comment garder la foi

Dans un monde qui s’effondre

Il est tellement en détresse qu’il n’y a plus de mots à ce stade

Il a disjoncté à l’intérieur

Il ne comprend plus

Ne ressent plus

Il sait seulement qu’on peut mourir en restant vivant

Addiction

#01 L’addiction est un cercle vicieux, qui le tire toujours plus vers le bas. Il se sent mal alors il consomme. Mais quand il est sous l’effet de l’alcool, il fait n’importe quoi. Quand il revient à lui, 5h plus tard, il a honte. Terriblement honte de ce qu’il a fait ou dit. C’est un coup de couteau dans son estime. Alors il se sent mal et recommence. Toujours plus fort. Toujours plus fort. Impossible de s’arrêter. Il a un vide tellement profond à l’intérieur, une faille géologique, volcanique, un abîme inconsolable. Il essaie de le combler avec tout cet alcool mais c’est un puit sans fond. Il ne s’en sort pas. Il se croyait plus fort que ça.

#02 Il regarde derrière lui et se demande comment il a pu perdre autant confiance en lui pour sombrer dans cette abîme. Il a passé son weekend à dégager la substance par tous les côtés, se contorsionnant de douleurs, de spasmes, de relâchement de sphincter. Il se sent tellement mieux. Il sait qu’il va devoir devoir être vigilant pour ne pas replonger mais il y croit. Il tient à la vie, il s’y accroche, il ne la laissera pas filer dans la douce illusion de l’anesthésie du jus d’automne. Jusqu’à la rechute.

Tout ça pour ça

Tout ça pour ça. Tous ces efforts, toutes ces années d’entraînement et de discipline, tout ce travail, tous ces doutes, toutes ces chutes, toutes ces douleurs pour quelques applaudissements, pour briller quelques heures, puis me blesser gravement et être mutilée jusqu’à la fin de mes jours ?

Il faut être fou pour être artiste de cirque. Et si je pouvais recommencer, j’y retournerais, les yeux fermés, tout là-haut, me jeter dans les délices de l’adrénaline et de l’endomorphine.


« Soyez vous mêmes, les autres sont déjà pris »

Oscar Wilde